Mohamed Hadj BOUHOUCH

ISLAMISME INTEGRISTE ET IMPERIALISME

                     

 

 

      Les peuples du monde musulman, et plus particulièrement ses intellectuels et sa jeunesse,

sont préoccupés aujourd’hui par la situation déplorable dans laquelle ils vivent et l’état de sous-développement dont ils n’arrivent pas à s’en sortir. Mécontents, ils le sont également de la mauvaise gestion des affaires de leurs pays, et surtout de leurs dirigeants dont la plupart sont arrivés et demeurent éternellement au pouvoir, par la force ou par hérédité.  Durant les longues années de la lutte pour l’indépendance, ces peuples arabes et africains nourrissaient l’espoir de connaître, une fois libres, la démocratie, la prospérité et le bonheur. Mais jusqu’à ce jour, ils n’ont connu que déception après déception.  

                                            La période coloniale      

        Durant les XVIIe et XVIIIe  siècles, les pays du monde musulman au Moyen Orient et en Afrique ont vécu leur plus grave déclin et pris beaucoup de retard sur les pays développés, ce qui a permis à certains Etats européens de les coloniser ou de les administrer sous la forme d’un protectorat. Les pays musulmans ont gardé de très mauvais souvenirs de cette période coloniale. Pendant «  les guerres de pacification », des milliers de personnes avaient été tuées à coup de canon et de mitraillâtes,  et des chefs de tribus enlevés et emprisonnés. Il a fallu plusieurs années et d’énormes sacrifices pour que ces pays recouvrent leur indépendance.                                                                                           

Personne ne peut nier aujourd’hui, que la plupart des grandes puissances européennes ont  acquis une grande part de leurs richesses et édifié leurs économies, à partir de leurs empires coloniaux Si des expéditions, dans les régions du monde les plus éloignées, avaient été entreprises dans les siècles passés, ce n’était pas du tout, pour le plaisir ou pour le bien être des indigènes, mais plutôt pour l’acquisition de nouveaux territoires et la recherche de richesses. Les colons européens s’étaient approprié les meilleures terres agricoles, appartenant aux paysans locaux. Entre la fin du XVIIIe et le début du  XIXe siècle, l’empire de Sa Majesté britannique, comptait le quart de la population mondiale et s’étendait sur le quart des terres émergées à travers les cinq continents. Les nationalistes et combattants pour la liberté de leurs pays, étaient considérés à l’époque, par les occupants, comme des terroristes, étaient poursuivis devant les tribunaux et condamnés à la prison. Plusieurs personnes enlevées avaient disparu pour toujours.

         Après l’indépendance, de nombreux hommes politiques des anciennes colonies et parmi les anciens détenus, sont devenus de grands dirigeants, investis de hautes responsabilités dans leurs pays. Citons à titre d’exemple Nehru, Ho Chi Minh, Nelson Mandela, Bourguiba, Bouteflika et ses amis du FLN, pour ne citer que ceux là, sans parler du roi Mohammed V du Maroc, éloigné de son trône et déporté à Madagascar, pour avoir refusé de céder aux exigences des autorités du Protectorat. Pour les gouvernements français et britannique de l’époque, tous ces gens étaient des fauteurs de trouble, alors que leur seul crime était d’avoir demandé la fin de la colonisation et l’indépendance de leurs pays.

                                    Un colonialisme d’un nouveau genre

       Les gouvernements « nationalistes » qui ont succédé à l’administration coloniale ou pris le pouvoir à la suite d’un coup d’état, allaient éprouver toutes les difficultés du monde à résoudre les nombreux et difficiles problèmes politiques, économiques et sociaux, posés par la gestion des nouveaux Etats indépendants, d’où le recours à l’aide et à l’assistance des anciens pays colonisateurs et par conséquent, à l’ingérence de ces derniers dans leurs affaires.

       L’existence à l’époque des deux clans opposés, l’Est et l’Oust, qui se disputaient leur influence sur les nouveaux Etats, allait augmenter les enchères et rendre la rivalité plus intense encore, chacun des deux blocs cherchant à voir, à la tête des nouveaux Etats, des dirigeants alliés, acquis à leur cause. L’équilibre du monde et la paix allaient  reposer désormais sur un partage approprié des intérêts économiques et stratégiques entre les grandes puissances qui avaient, chacune, ses satellites à travers le monde, des pays alliés ou plutôt « dépendants » sur le plan économique, idéologique et stratégique (présence étrangère et bases militaires). Et c’est le Néo-colonialisme.

      Après la désagrégation du géant soviétique, plusieurs de ses anciens alliés, arabes notamment, sont restés dans le collimateur de l’Occident et plus particulièrement des Etats-Unis.  

                   LES ISLAMISTES SUCCEDENT AUX NATIONALISTES

      La plupart des régimes nationalistes qui ont pris la relève dans les anciennes colonies et protectorats européens se sont avérés, en fin de compte, incapables de gouverner valablement leurs pays, comme ils n’ont tenu aucune des promesses faites à leurs peuples, à savoir la prospérité et la démocratie. Même les gouvernants, parvenus au pouvoir avec une coloration et des projets socialistes, ne sont pas arrivés à faire décoller les économies de leurs pays ni à instaurer un régime démocratique.

     Peu à peu, on a vu naître dans tout le monde arabe, un certain nombre d’associations  religieuses dont l’influence et l’intérêt au sein des masses populaires, n’ont pas cessé de prendre de l’importance.

     Ces Islamistes qui refusent de se positionner à droite ou à gauche, déclarent tirer leur doctrine et leurs orientations, du Coran, le Livre Saint des Musulmans. Ils enseignent à tous leurs fidèles et adeptes que si l’Oumma, la Communauté musulmane, a pris du retard, c’est parce que les croyants se sont éloignés des principes de la religion islamique et adopté des modes de vie, parfois même, prohibés en Islam.

      Ces enseignements sont actuellement bien ancrés dans les esprits de la jeunesse islamique qui considère que les Etrangers  sont des vampires qui viennent sucer le sang des musulmans pour nourrir leurs peuples. Ces mêmes Etrangers, dit-on, présentent les Islamistes comme des barbares, des terroristes qui n’ont qu’un seul but, celui d’éliminer les adeptes de toutes les autres religions, ce qui, affirme-t-on, est loin de refléter la vérité. Dans leurs journaux comme dans leurs sites internet, la plupart des organisations islamiques estiment qu’ils ne cherchent qu’à échapper à l’influence des pays occidentaux et à mettre fin à l’exploitation de leurs richesses. S’agissant du terrorisme, ils soutiennent que les vrais terroristes sont ceux qui ont massacré des milliers d ‘êtres humains en Algérie, au Japon, au Vietnam, en Irak et aujourd’hui encore en Afghanistan, tout en précisant que les Islamistes n’ont recours à des méthodes terroristes que pour se défendre contre des adversaires beaucoup plus puissants qu’eux, et pour exiger le départ des occupants. Les plus modérés des Islamistes expliquent que leur but est de réaliser une Union des pays de la Ligue arabes, à l’instar des pays de l’Union européenne. Pour eux une communauté unique sous l’autorité d’un calife, comme le préconisent Oussama Ben Laden ou autres islamistes, est irréalisable de nos jours. D’autre part,  ayant échoué avec les nationalistes comme avec les socialistes, cette Union ne peut se réaliser, dit-on, que sous la bannière de l’Islam et dans le cadre des directives et des principes édictés par le Coran.

      Dans toues les réunions clandestines ou ouvertes, tenues par les groupes islamiques avec leurs adeptes, un seul et même thème revient presque toujours, à savoir l’exploitation des richesses du monde arabe par les puissances occidentales, avec la complicité de quelques dirigeants arabes et musulmans acquis à l’impérialisme, auquel ces derniers doivent leur existence et leur maintien au pouvoir.

      Ces mêmes prêcheurs considèrent que l’invasion des forces occidentales en Irak et en  Afghanistan n’est autre qu’une croisade des temps modernes. C’est pourquoi, soutiennent-ils, le Djihad, la guerre sainte s’impose comme un devoir sacré pour tout musulman.

      Nombreuses sont les personnes, en Europe et ailleurs, qui estiment que ce ne sont là que des paroles de fanatiques, qualifiées de barbares par Nicolas Sarkozy et de lâches par G.W. Bush  Mais ce sont des paroles qui ont, croyez-moi, tout leur impact sur une jeunesse musulmane marginalisée, dont un grand nombre, partent des pays du Maghreb et de l’Orient, voire même de l’Europe, pou répondre à l’appel de la Qaeda et rejoindre les rangs des Moudjahidines en Irak et en Afghanistan. Ceux qui ne font pas le déplacement, approuvent l’action, participent à la propagande anti-impérialiste et aux collectes d’argent au profit des « combattants ».

      Il s’agit donc là d’un problème très important qui demande de la réflexion et des solutions durables, pour un avenir meilleur, qui garantit les intérêts de tous et respecte les aspirations de tous. La force, à elle seule, n’a jamais suffi à régler les problèmes entre les peuples.

                                                                             LECOMTE

    Article publié sur Agora Vox

      



02/11/2008
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